La vie d’un livre

Petit journal de bord de l’après-édition

Épisode 1 : La rencontre avec les lecteurs, calvaire ou cadeau ?

Concentrée sur d’autres projets, j’avais presque oublié mon engagement : vous partager mon vécu de l’après-édition. Alors c’est décidé, je commence aujourd’hui avec ce qui est présent.

J’ai toujours eu en tête des idées sur l’écriture : une discipline, une plongée, un travail qui demande soutien et persévérance, mais j’avais oublié une chose essentielle ! Une fois le livre écrit, un autre travail commence, et non des moindres : le faire vivre !

Et bien entendu, dans les petites maisons d’édition, c’est l’auteur qui porte ce mouvement, sans d’ailleurs trop savoir ce qui l’attend et ce que cela recouvre.

Pour ma part, il me semblait évident de rencontrer mes lecteurs en librairie. Ayant conscience que personne ne m’attendait et possédant une dose très moyenne de culot, je me suis donc tournée vers mes librairies préférées.
J’ai d’abord été rencontrer non loin de chez moi, Hélène Pinel et Pierre-Yves Dodat, les dynamiques représentants de Mille Paresses au Pradet. Chance : ils me proposent de participer au Festival Lire au Pradet.

Je contacte ensuite Thomas Auxerre de L’Amandier à Puteaux, mon ancien havre. Thomas est un libraire enthousiaste et, accessoirement, un jeune papa obligé de tout conjuguer. On est partis sur un contrat de confiance : il m’ouvrait sa librairie si je le laissais filer à la crèche. Banco !

Je prends soudain conscience que mes libraires d’élection sont respectivement à 1000 bornes les uns des autres. Mais franchement, ce n’était pas un argument de taille pour m’arrêter.

Et comme je n’étais pas à quelques kilomètres près, j’ai posé l’intention de créer une rencontre à Bruxelles. Là, le libraire bougonne. Ce ne sont pas les kilomètres qui le chiffonnent, mais les frais demandés pour commander mon livre en France. Eh oui, l’Europe !

Ne dit-on pas que lorsqu’une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre ? Les Bruxellois ont de l’espace et des idées ! « Si on imaginait une rencontre à la maison ? », me suggère mon amie Henriette Delori. Nos réseaux mis en commun, les invitations sont lancées.

Ces trois rencontres ont eu lieu les 20 et 27 novembre 2025, puis les 7 et 8 février 2026. Avec un peu de recul, que puis-je vous en dire ?

Tout d’abord, non, ce n’est pas un calvaire, mais c’est quand même une organisation qui demande de l’énergie, du calme et de l’attention. Je m’explique.

Il faut de l’énergie pour faire exister ces événements et en assurer la logistique : demander et convaincre la librairie, suivre la commande des livres, lancer les invitations, préparer la présentation — il ne s’agit pas seulement de dédicacer son livre —, prévoir l’intendance si vous optez pour un apéritif dînatoire, relancer, et j’en passe.
Il faut également du calme, car il arrive d’en manquer quand les livres ne sont pas au rendez-vous ou qu’ils sont livrés une heure avant la présentation. 🙂

Il faut encore de l’attention pour comprendre les rouages et le fonctionnement de votre maison d’édition, des libraires et des rapports qu’ils entretiennent, si vous ne voulez pas en pâtir.

Et je ne serais pas complète si je n’ajoutais pas qu’il faut de l’humilité, car de toute façon vous n’êtes pas seul·e aux commandes : mieux vaut s’en souvenir !

Par contre, ce qui est certain, c’est que faire exister et vivre un livre vous apportera des cadeaux que vous n’aviez même pas soupçonnés ! Il y en a un auquel la nomade que je suis ne s’attendait pas du tout !

J’ai quitté Bruxelles, ma ville natale ; j’ai tissé un réseau d’amitié et de voisinage en créant les ateliers d’écriture à Puteaux ; j’ai choisi, il y a cinq ans, de vivre dans le Sud face à la mer, acceptant cette « géograVie » éclatée. Or, présenter mon roman dans chacun de ces lieux a comme retissé ces trois morceaux de vie pour n’en faire qu’un. Je n’aurais jamais imaginé qu’un livre puisse créer ce sentiment d’unité dans ma vie.

Un autre cadeau est de voir qu’un livre, en l’occurrence le mien, fait vivre à ses lecteurs·trices une histoire d’emprise depuis l’intérieur et, de ce fait, brise le silence que le sujet impose. Car l’emprise est intrinsèquement difficile à déceler et à dire dans une société qui continue trop souvent à la nier ou à la couvrir. C’est une satisfaction, certes teintée de regret, mais la parole circule et c’est positif.

Je prends aussi conscience que faire vivre ce livre après sa parution, c’est accepter de continuer l’aventure avec lui et, peu à peu, c’est lui qui me prend la main. Car cette aventure-là est un enseignement : je continue, étonnamment, à apprendre sur le thème de l’emprise comme sur ma manière d’écrire et d’accompagner les autres à le faire.
Écrire un livre est véritablement un processus complet, qui commence bien avant la publication et continue bien après.

Ainsi, lors de la résidence d’écriture de juin/juillet 2026, je m’engage à être attentive non seulement à créer un lieu où l’on écrit, où l’on avance sur son projet, où l’on structure son récit, mais aussi où l’on se prépare doucement à accompagner son livre vers le monde.